Magali Gerino, professeure à l’université Paul-Sabatier Toulouse 3, a donné une conférence au lycée Pierre-Paul Riquet sur la préservation et l’instauration de zones de ripisylves. Ces dernières agissent comme des stations d’épurations naturelles.

Magali Gerino

La Garonne, «c’est un cocktail de médicaments». Invitée par Mme de Grenier-Clémendot (professeure de physique-chimie) à donner une conférence sur les problématiques de l’eau, Magali Gerino enseigne à l’université Paul-Sabatier. Après des études en océanographie, elle s’alarme sur la gestion d’«une ressource qu’il faut préserver». Près de nous c’est la pollution d’origine humaine qui inquiète. «Les antibiotiques se retrouvent dans la Garonne, notamment contenus dans les urines, comme les hormones de la pilule», prévient la conférencière. Si pour la chercheuse les «concentrations sont infimes [elles] s’accumulent le long des chaines alimentaire dans le milieu naturel et diminue la fertilité des vertébrés». «Tout le monde est conscient des problèmes mais trouver des solutions c’est beaucoup plus dur et c’est ça l’écologie scientifique», poursuit-elle encore.

L’un des objectifs de Magali Gerino est de «trouver, de manière durable, le moyen d’épurer l’eau» sans avoir recours à une station d’épuration ou à la désalinisation dont le coût financier reste «trop cher». Grâce à ses recherches universitaires, elle fait le constat que sur certaines portions de cours d’eau douce la biodiversité se suffit à elle-même pour traiter la pollution naturellement. «Un service naturel et gratuit d’épuration», résume Magali Gerino. Un processus appelé dénitrification et dont la découverte repose sur l’étude des bactéries des sols et sédiment. À l’aide de piézomètres, des forages de sept à dix mètres de profondeur permettent de faire l’état des lieux d’un écosystème durable : c’est la zone hyporhéïque sous la ripisylve. Réalisés dans les berges de méandres, on trouve dans ces prélèvements des sédiments, mollusques, crustacés, vers annélides… Ces zones de ripisylves ne sont pas toujours bien conservées et l’enseignante milite pour une présence systématique d’une «bande de végétation herbée [la luzerne, NDLR] qui sépare l’eau douce des parcelles agricoles».

Toujours dans le cadre de ses recherches, Magali Gerino est parvenue à comprendre que les invertébrés présents dans les sols des ripisylves sont des «indicateurs de bonne qualité de l’eau». Sorte de mémoire vivante de leur environnement, on parvient à déceler la présence de polluants grâce à la richesse en espèces de ces communautés d’organismes interstitiels. La reproduction de forêt riveraine peut se décliner artificiellement à l’image des plantes-filtres dans les piscines naturelles pour particuliers. La pratique reste rare car onéreuse mais de plus en plus de mairies et promoteurs immobiliers s’en saisissent, à petite échelle, comme alternative au traitement conventionnel des eaux usées dans les éco-quartiers. Une goutte d’eau dans cet océan incertain.

📷 et ✍️ : Kevin Figuier